July 30, 2026
Santé des femmes : trois projets soutenus par la Fondation Force
SOPK, pré-éclampsie et endométriose, ce que cherchent à résoudre SOLENCE, PREGNOMIC et Endométri-ose 3D, financés entre 2022 et 2024.

By Lisa Fabien
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Parmi les projets que la Fondation Force a retenus depuis 2022, trois portent sur des pathologies qui ne concernent que des femmes. Ils ne partagent ni porteur, ni technologie, ni stade de maturité. SOLENCE développe une thérapie numérique, PREGNOMIC un test de prédiction, Endométri-ose 3D une base de modèles anatomiques destinée à entraîner un algorithme. Le point commun est ailleurs : dans les trois cas, les outils cliniques disponibles restent incomplets, et c'est ce manque que chaque projet vise. Les descriptions de projets qui suivent proviennent des fiches publiées par la Fondation Force, les données de prévalence des dossiers de l'Inserm.
Prédire la pré-éclampsie chez les femmes déjà signalées à risque
La Fondation Force a soutenu en 2024 le projet PREGNOMIC. Sa fiche le décrit comme le développement d'un test de prédiction de la pré-éclampsie chez la femme enceinte présentant une suspicion de cette pathologie.
PREGNOMIC ne vise donc pas un dépistage en population générale, mais des patientes que les cliniciens ont déjà repérées, et chez qui la question reste entière : cette grossesse va-t-elle basculer ?
C'est l'écart que la clinique peine à combler. L'Inserm indique que les médecins « n'ont pas encore de moyen univoque pour détecter précocement le risque de pré-éclampsie au cours d'une grossesse ». L'institut décrit un examen biologique praticable à partir de la vingtième semaine, fondé sur le rapport entre deux biomarqueurs, SFLT1 et PGF. Un rapport faible écarte le risque avec une grande certitude. Un rapport élevé ne dit pas l'inverse pour autant : l'Inserm qualifie de médiocre la valeur prédictive positive de ce test.
L'enjeu ne se limite pas à la surveillance. L'Inserm rappelle qu'un traitement préventif par aspirine à faible dose peut être prescrit aux patientes ayant un antécédent, à condition d'être engagé avant la seizième semaine d'aménorrhée. Or les marqueurs dont disposent aujourd'hui les médecins sont détectables à partir de vingt semaines de grossesse, soit, écrit l'institut, « trop tardivement pour une administration précoce d'aspirine ». La capacité à prédire conditionne donc celle d'agir, et la fenêtre utile se referme avant que les outils actuels ne se prononcent.
Un test capable de prédire, et pas seulement d'écarter, comblerait donc un manque documenté. Selon l'Inserm, environ 5 % des grossesses s'accompagnent d'une pré-éclampsie, et le syndrome est responsable d'un tiers des naissances de grands prématurés en France.
Une thérapie numérique pour le syndrome des ovaires polykystiques
Retenu lui aussi en 2024, le projet SOLENCE est porté par la société du même nom. La fiche publiée par la Fondation Force le décrit comme une thérapie numérique destinée à traiter les symptômes du syndrome des ovaires polykystiques de façon personnalisée, et à prévenir la venue des complications.
Deux termes cadrent ce que vise le projet : symptômes et complications. Il n'intervient ni sur la cause ni sur le diagnostic, mais sur ce qui suit, et sur la durée.
L'Inserm écrit que « le traitement du SOPK est uniquement symptomatique, et ceci jusqu'à la ménopause ». Une prise en charge qui s'étend sur des décennies, sur des symptômes très variables d'une patiente à l'autre, appelle un suivi long et ajustable, dont la finesse ne dépend pas de la fréquence des consultations. C'est le terrain d'une thérapie numérique.
Ce que la fiche désigne par complications est lui aussi documenté. L'Inserm associe au syndrome une élévation du risque de diabète de type 2, d'hypertension artérielle et de maladies cardiovasculaires, dont la survenue s'échelonne sur la vie adulte. Un projet qui vise à les prévenir se donne donc un horizon plus large que le soulagement des symptômes.
L'Inserm retient une proportion plutôt qu'un effectif : « le SOPK touche environ 10 % des femmes ». L'institut présente le syndrome comme la première cause d'infertilité féminine, les troubles de l'ovulation provoquant une infertilité chez environ la moitié des femmes concernées.
Un point de nomenclature situe enfin la fiche dans le temps. En mai 2026, le syndrome a été renommé syndrome métabolique ovarien polyendocrinien, ou SMOP. L'Inserm explique que la dénomination historique reposait sur une observation inexacte, datant des années 1930 : ce que l'on prenait pour des kystes ovariens était en réalité une multitude de follicules dont le développement reste inachevé. La fiche de la Fondation Force, publiée en 2024, emploie l'appellation en vigueur à cette date.
La modélisation 3D préopératoire d'Endométri-ose 3D
Le troisième projet est le plus ancien des trois. En 2022, la Fondation Force a soutenu Endométri-ose 3D, porté par le Dr Luc Soler au sein de Visible Patient. Sa fiche en décrit l'objet : bâtir une base de données par modélisation 3D interactive d'endométrioses, puis entraîner sur cette base un algorithme d'intelligence artificielle chargé d'automatiser le processus, pour aboutir à une offre de modélisation 3D préopératoire.
Son objet n'est ni le diagnostic ni le traitement, mais ce qui vient juste avant l'opération : ce que le chirurgien connaît de la carte des lésions au moment d'intervenir.
L'endométriose se prête mal à cet exercice. Elle est pourtant répandue : environ 10 % des femmes de la population générale en présentent une, selon l'Inserm. La fiche de la Fondation Force relève que les solutions de modélisation 3D existantes n'ont pas été appliquées avec succès à cette pathologie, le traitement des images IRM y semblant trop complexe. L'Inserm fait le même constat côté diagnostic : le bilan d'imagerie comporte une échographie pelvienne et éventuellement une IRM pelvienne, mais « lorsque les lésions sont superficielles ou minimes, l'imagerie peut être non concluante ».
En cas d'échec des traitements hormonaux, la chirurgie « est le seul traitement qui permet l'élimination complète des lésions associées à l'endométriose », écrit l'institut. Il ajoute qu'elle peut s'avérer complexe en cas de petites lésions disséminées, ou face à certaines localisations pour lesquelles l'intervention risque d'entraîner des séquelles fonctionnelles. Un modèle construit avant l'opération porte sur ce point précis : la position des lésions que l'imagerie brute laisse dans l'ombre.
Le projet n'est pas parti de zéro. Selon la fiche publiée par la Fondation Force, une pré-étude menée sur 14 images IRM de patientes avait démontré la faisabilité de la solution avant son lancement.
Trois pathologies distinctes, trois moments de l'action médicale
Rien ne relie ces trois maladies entre elles. Le syndrome des ovaires polykystiques, la pré-éclampsie et l'endométriose ont des mécanismes propres, touchent des populations différentes et relèvent de prises en charge sans rapport. Aucune patiente ne les traverse successivement. Les présenter comme les étapes d'un même parcours reviendrait à fabriquer une cohérence qui n'existe pas.
Ce que ces trois financements ont en commun est plus simple, et tient à la place que chaque outil occupe dans l'action médicale. La Fondation Force est intervenue à trois moments distincts : prédire un accident de grossesse chez une femme déjà signalée à risque, accompagner sur des décennies une maladie chronique qu'aucun traitement ne guérit, préparer un geste chirurgical difficile.
Les fiches publiées ne rattachent aucun de ces trois projets à un programme thématique consacré à la santé des femmes. Deux ont été retenus en 2024, le troisième en 2022, et rien n'indique qu'ils aient été instruits ensemble. Le regroupement opéré ici relève d'une lecture rétrospective, pas d'une ligne annoncée par la Fondation.
L'ensemble des projets retenus par la Fondation Force, dans ce domaine comme dans les autres, est consultable sur la page des projets soutenus https://fondation-force.fr/projets-soutenus/
Sources primaires citées
Inserm, dossier « Pré-éclampsie », modifié le 23 septembre 2024. Inserm, dossier « Syndrome des ovaires polykystiques (SOPK)/Syndrome métabolique ovarien polyendocrinien (SMOP) », modifié le 2 juin 2026. Inserm, dossier « Endométriose », modifié le 1er juillet 2024. Fondation Force, fiches projet SOLENCE, PREGNOMIC et ENDOMETRI-OSE 3D par Visible Patient.